Plan St-Laurent - Pour un développement durable


Accueil / Le Saint-Laurent entre bonnes mains / Interventions gouvernementales / Vingt ans


Il y a longtemps que je t'aime...

Le Plan Saint-Laurent, déjà 20 ans!

Il aura fallu un géant comme le fleuve Saint-Laurent pour mobiliser autant de monde, autant d’argent et autant d’efforts. En 20 ans de Plan Saint-Laurent, deux gouvernements, une douzaine de ministères, de nombreux partenaires privés et des milliers de citoyens se sont engagés, au prix de quelques centaines de millions de dollars, à redonner au grand fleuve sa santé d’antan et à la population… un fleuve d’avenir.

« Tout n’est pas encore parfait pour le Saint-Laurent, mais les progrès ont commencé à se manifester dès qu’on a cessé d’y envoyer des produits toxiques au début des années 1990 », se souvient Jean-Pierre Gauthier, à l’époque, directeur général régional d’Environnement Canada pour le Québec. La partie est loin d’être finie. Tous les joueurs sont encore en place, déterminés à atteindre cet objectif de développement durable que la société québécoise nourrit maintenant pour son fleuve. « J’ai espoir d’aller bientôt avec mon petit-fils pêcher le bar rayé qu’on est en train de réintroduire dans le Saint-Laurent », confie George Arsenault, sous-ministre adjoint retraité de l’ancien ministère québécois du Loisir, de la Chasse et de la Pêche et, avec M. Gauthier, l’un des premiers acteurs de ce qui a d’abord porté le nom de Plan d’action Saint-Laurent.

Plus tard connu sous le nom de Saint-Laurent Vision 2000, puis de Plan Saint-Laurent pour un développement durable (PSL), ce programme fédéral-provincial célèbre son 20anniversaire en juin 2008. Né de l’urgence d’agir et du sentiment qu’on ne pouvait plus laisser aller, il a été renouvelé trois fois depuis 1988, par la reconduction d’ententes quinquennales entre les deux gouvernements et avec de nouveaux éléments qui lui ajoutaient de la valeur à chaque phase.

L’urgence d’agir que tout le monde constatait voilà 20 ans ne s’est toutefois pas manifestée subitement, entre deux couchers de soleil sur le fleuve. Le Saint-Laurent qui constitue l’un des plus grands écosystèmes d’eau douce au monde, le Saint-Laurent dont les rives hébergent 60 % des villes du Québec et dont l’eau abreuve 45 % de la population, le Saint-Laurent moteur économique des Québécois, était depuis longtemps agressé de toutes parts. Littéralement agressé par les rejets industriels, par les effluents urbains et par les empiétements sur les rives, il n’attirait plus personne, que ce soit pour pêcher, s’y baigner ou simplement  s’y détendre. La population lui avait carrément tourné le dos. « Plusieurs croyaient que c’était un cas irrécupérable », témoigne Albin Tremblay, directeur général régional d’Environnement Canada pour le Québec, coprésident fédéral du PSL. Aussi, de sérieuses préoccupations avaient commencé à poindre dès les années 1970.

On met la table

En 1973, en fait, une première initiative conjointe des gouvernements du Québec et du Canada crée un comité d’études dont les cris d’alarme, sous forme d’une vingtaine de recommandations après cinq ans de travail, convainquent les autorités de la nécessité de mettre fin à la dégradation du Saint-Laurent. Les principaux éléments incriminés sont la pollution municipale et industrielle, la contamination des sédiments et la détérioration des rives.

C’est ce qui amène le gouvernement du Québec, en 1978, à donner le premier grand coup de barre : un vaste programme d’assainissement des eaux usées municipales qui, sous plusieurs noms, une vingtaine d’années et sept milliards de dollars plus tard, aura doté le Québec de quelque 600 usines d’épuration pour diminuer la contamination bactériologique du fleuve et de ses affluents. « En 1978, à peine 2 % de la population était desservie par une station d’épuration municipale, alors que c’était le cas de 98 % en 2000 », précise Bob van Oyen, sous-ministre adjoint au ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) et coprésident du Plan Saint-Laurent pour le Québec.

Deux autres initiatives du gouvernement québécois contribuent à préparer le terrain pour le futur Plan Saint-Laurent : un groupe d’étude relevant du Conseil exécutif, chargé d’élaborer une politique de gestion de l’ensemble des activités sur le Saint-Laurent (particulièrement le transport de marchandises) de 1982 à 1985; en 1987, un comité directeur (Comité Dagenais) devant élaborer un plan d’action à partir de cette politique. Tout figure dans les quelque 175 recommandations du Comité Dagenais, depuis l’amélioration de la qualité de l’eau et la gestion des sédiments jusqu’à la promotion de la pêche et du tourisme en passant par la protection des rives et des plaines inondables.

Conscient qu’il ne peut tout faire seul, le gouvernement du Québec déclare alors que l’assainissement du Saint-Laurent se situe en tête de ses priorités et demande 100 millions de dollars à Ottawa pour l’aider à s’attaquer à cette priorité. De son côté, le ministre fédéral de l’Environnement révèle publiquement les noms des cinquante entreprises les plus polluantes du Saint-Laurent, un geste d’éclat qui sème un certain émoi dans les milieux concernés. En même temps, les hautes autorités du gouvernement fédéral demandent à Environnement Canada de préparer un mémoire sur les priorités à établir pour le Saint-Laurent.

L’alignement des étoiles

La table est donc mise pour la première grande entente Canada-Québec sur le Saint-Laurent. Ou plutôt, comme s’en souvient Jean-Pierre Gauthier, qui a été le premier coprésident de l’entente pour le gouvernement fédéral, « toutes les étoiles étaient alignées; les deux gouvernements étaient prêts à intervenir pour la sauvegarde du Saint-Laurent ».

C’est ainsi que, le 3 juin 1988, le gouvernement fédéral annonce qu’il consacrera 110 millions de dollars à la protection, à la conservation et à la restauration du Saint-Laurent au cours des 5 prochaines années. Durant la même cérémonie, les ministres de l’Environnement des deux gouvernements signent une convention de collaboration qui débouchera un an plus tard sur le Plan d’action Saint-Laurent (PASL). Le Québec ajoutera alors près de 30 millions de dollars à l’argent engagé par le fédéral. Comme c’est surtout la pollution industrielle qui est visée, ces sommes viendront en sus des budgets que le gouvernement québécois consacre déjà à l’assainissement des effluents municipaux.

Quatre grands domaines d’intervention accapareront les efforts du PASL : la protection de la qualité de l’eau contre les substances toxiques, la conservation des habitats et des espèces, l’évaluation de l’état de l’environnement et des écosystèmes ainsi que la restauration des milieux perturbés. Par l’entremise de toutes ces activités, les deux gouvernements s’efforceront d’utiliser des données compatibles, de partager l’information et de mettre en commun leurs ressources, dans un but de complémentarité et dans le respect de leurs compétences respectives.

Les cinquante

« Ce qui a marqué les esprits dans cette première phase du PSL, raconte Albin Tremblay, c’est l’objectif précis que nous nous étions donné : réduire de 90 % les rejets toxiques des 50 entreprises les plus polluantes du Saint-Laurent, et ce, avant la fin des quatre ans qu’il restait à notre mandat! » C’était la première fois que des administrateurs publics prenaient ainsi des engagements chiffrés dont ils promettaient de rendre compte annuellement à la population. Vingt ans plus tard, on se réfère encore non pas au 90 %, mais au 96 % de réussite effectivement obtenu.

« Ce n’était pas facile pour l’industrie d’être ainsi pointée du doigt et de se faire demander des améliorations souvent sans même savoir comment y parvenir », concède George Arsenault, alors coprésident du PSL pour le Québec. Qu’à cela ne tienne, les entreprises auront de l’aide. D’une part, une équipe d’intervention fédérale-provinciale constituée d’une trentaine de spécialistes en assainissement industriel se met en branle pour aller négocier un plan d’assainissement avec chaque industrie qui, dans ces circonstances, ne peut plus jouer les deux gouvernements un contre l’autre. D’autre part, les entreprises pourront profiter d’un programme d’innovation technologique réalisé, pour elles et avec elles, par le nouveau Centre Saint-Laurent (CSL), un organisme de recherche d’Environnement Canada créé en même temps que le PASL.

À la même époque, une cour du Québec impose une amende de quatre millions de dollars – la plus élevée au Canada dans une cause environnementale – à la compagnie Tioxide de Sorel, qui résiste depuis longtemps aux exigences des gouvernements. L’effet est très marqué chez les récalcitrants! Mais l’élément le plus persuasif pour l’industrie, en particulier les pâtes et papiers, selon Jean-Pierre Gauthier, est certainement l’occasion que le programme d’innovation technologique lui offre alors de moderniser ses installations en améliorant ses équipements et en augmentant sa productivité.

Outre la réussite de son plan de réduction des rejets liquides toxiques industriels, il faut noter, parmi les principaux succès de cette première phase du PSL, la création du parc marin Saguenay–Saint-Laurent, une aire protégée nouveau genre administrée conjointement par le Canada et le Québec. Autre fait à retenir, la protection de 5 000 hectares d’habitats et de 6 espèces menacées, dont le béluga, de même que la publication d’un premier rapport-synthèse sur l’état de l’environnement du Saint-Laurent par le CSL. 

La majorité des objectifs fixés au départ ont été réalisés avec d’autant plus de satisfaction qu’il n’a pas été facile de réunir un si grand nombre de partenaires provenant d’horizons divers pour les amener à travailler sur l’atteinte de résultats précis. Cette « gestion par résultats », qui demeurera la marque de commerce du PSL dans toutes les phases qui suivront, aura été l’un des facteurs de succès du programme, selon George Arsenault. Elle aura d’ailleurs inspiré plusieurs autres ministères et organismes par la suite.

Saint-Laurent Vision 2000 

Avec la reconduction de l’entente pour une nouvelle période de cinq ans, en 1993, le programme devient Saint-Laurent Vision 2000 (SLV 2000). Cette seconde phase, qui bénéficie de 191 millions de dollars des deux gouvernements, s’inscrit bien sûr dans la continuité de la première, entre autres, pour l’assainissement de l’eau. Mais ce qu’on en retient surtout, ce sont les nouveautés; une grande nouveauté en particulier.

En ce qui a trait à la continuité, aux 50 usines de la première phase, on ajoute 56 nouvelles installations industrielles qui devront assainir leurs rejets liquides. On désigne en outre 7 000 hectares supplémentaires d’habitats prioritaires à protéger, tout en maintenant les plans de rétablissement de plusieurs espèces. Enfin, on entend poursuivre le programme de soutien pour des projets de développement technologique et le CSL produira 13 bilans environnementaux régionaux s’inscrivant dans la suite de son premier rapport-synthèse.

Quant aux nouveautés, elles sont de taille. D’abord, six nouveaux partenaires gouvernementaux viennent s’intégrer au programme, notamment les ministères responsables de la santé et de l’agriculture au Canada et au Québec. Car le champ d’action de SLV 2000 est passablement élargi. Ce qu’on privilégie désormais, c’est une approche écosystémique où le Saint-Laurent est considéré globalement, dans toutes ses composantes. Le plan d’intervention comprend donc sept volets – trois de plus que dans la première phase – dont l’agriculture qui, très présente le long du fleuve et de ses tributaires, joue un rôle important dans la dynamique de l’écosystème. Sept rivières seront particulièrement sous la loupe des chercheurs.

Mais la grande nouveauté de cette deuxième phase, estime Bob van Oyen, c’est la participation communautaire. Désormais, la santé du Saint-Laurent ne sera plus l’affaire exclusive des acteurs gouvernementaux, des chercheurs et d’autres experts. Les communautés riveraines seront partie prenante au projet, par l’entremise du réseau des comités ZIP (zones d’intervention prioritaire) qui est alors en train de se mettre en place tout le long du Saint-Laurent.

Coordonnés par l’organisme à but non lucratif Stratégies Saint-Laurent, l’un des nouveaux partenaires du programme, ces comités sont actifs sur le terrain, où ils multiplient les projets de restauration, de mise en valeur et d’acquisition de connaissances sur les milieux riverains. Ils sont très prolifiques sur le plan de la sensibilisation et, surtout, ils agissent à titre d‘agents de concertation. Grâce à eux, groupes environnementaux, élus municipaux, industriels et simples citoyens s’assoient autour de tables communes pour résoudre des problèmes qui touchent leur portion du Saint-Laurent. En s’appuyant sur le bilan environnemental de leur région fourni par le CSL, chaque comité ZIP a tenu, au départ, une consultation publique qui a mené à l’élaboration d’un Plan d’action et de réhabilitation écologique (PARE). C’est ce PARE qui guide le comité dans ses actions subséquentes.

« Nous sommes très fiers de la participation de ces comités, note M. van Oyen. Elle contribue énormément à l’atteinte des objectifs du Plan Saint-Laurent. »

Deux faits saillants

Durant le troisième plan quinquennal, dont le renouvellement est confirmé en 1998, le nombre de comités ZIP passe de 10 à 14 et trois nouveaux partenaires gouvernementaux se rallient. Ensemble, les deux gouvernements apportent près de 240 millions de dollars à cette nouvelle phase, toujours appelé Saint-Laurent Vision 2000.

Avec l’engagement de plus en plus affirmé des communautés riveraines, l’accessibilité au fleuve devient une priorité pour SLV 2000. Mais les deux faits saillants de cette phase 3, estime Albin Tremblay, sont la mise sur pied d’un comité Navigation ainsi que l’instauration du programme Suivi de l’état du Saint-Laurent.

Pour la première fois, grâce au comité Navigation, des environnementalistes, des représentants des collectivités et des membres de l’industrie maritime se rencontrent pour discuter dragage, activités portuaires, espèces envahissantes… Il en résultera, après plusieurs années de travail, une Stratégie de navigation durable pour le Saint-Laurent que le monde maritime utilisera ultérieurement comme modèle.

Quant au Suivi de l’état du Saint-Laurent, il s’agit d’un programme essentiel pour comprendre l’évolution de l’écosystème et en dresser un portrait global, régulièrement mis à jour. On compte 6 partenaires gouvernementaux qui y participent en suivant 21 indicateurs. « Ceux-ci n’ont pas été faciles à mettre au point », précise George Arsenault, mais « ils nous permettent vraiment de mesurer la progression », ajoute Albin Tremblay en notant par ailleurs la participation des collectivités aux côtés des scientifiques des ministères.

Le Suivi, qui a montré une amélioration de l’état du fleuve jusqu’à maintenant, met clairement en évidence le rôle capital qu’a toujours joué la science dans le Plan Saint-Laurent, selon M. Arsenault : « Dans mon esprit, cela a toujours été clair. Avant de poser des gestes pour le Saint-Laurent, il faut commencer par connaître les problèmes, ce que la science nous permet. Et une fois les gestes posés, on doit être capable d’en mesurer les impacts, encore avec l’aide de la science. Dans un grand projet comme celui-là, la science doit toujours soutenir les décisions. »

Vers le développement durable

De nouveau reconduite en 2006 après une courte période flottante, l’entente Canada–Québec sur le Saint-Laurent se nomme maintenant Plan Saint-Laurent pour un développement durable. Cela correspond à ce qu’est vraiment devenu le PSL : un projet global qui inclut, imbriquées les unes dans les autres, les dimensions environnementales, sociales et économiques. Un montant de 114 millions de dollars y sera investi par les gouvernements.

L’assise de cette quatrième phase est l’ambitieux projet de Gestion intégrée du Saint-Laurent (GISL) dans lequel on met beaucoup d’énergie depuis quelques années. L’objectif est d’instaurer ni plus ni moins qu’une nouvelle forme de gouvernance du Saint-Laurent, un processus de gestion par concertation et par consensus auquel prendront part les décideurs, les usagers du Saint-Laurent, les groupes environnementaux, les Premières nations… et ce, dans une optique de développement durable.

Il faudra tenir compte des multiples intérêts en cause et travailler en fonction des grands enjeux actuels et à venir : qualité de l’eau, introduction d’espèces exotiques, fluctuation des niveaux d’eau, accès aux berges, etc. « C’est un projet d’envergure, d’un grand niveau de complexité, fait valoir Bob van Oyen. Nous devons avancer prudemment. » Il reste encore deux ans, soit jusqu’à la fin de la phase actuelle du PSL en 2010, pour mettre en place cette gestion intégrée.

Concernant l’avenir du PSL lui-même, il est encore trop tôt pour savoir si une cinquième phase sera lancée. « Chose certaine, souligne Albin Tremblay, les pressions sur l’écosystème du Saint-Laurent ne diminueront pas avec le temps. Les enjeux, aussi bien environnementaux qu’économiques et sociaux, vont même augmenter et il faudra poursuivre la concertation et la collaboration entre gouvernements et avec les organismes privés. » On devra aussi, selon M. Tremblay, viser des objectifs précis et mesurables, travailler en toute transparence en rendant compte régulièrement des progrès accomplis et continuer de mobiliser les communautés riveraines, autant de facteurs qui ont contribué au succès de l’entente jusqu’à maintenant.

Il reste encore beaucoup de travail à faire, mais, à plusieurs égards, le Saint-Laurent est en meilleure santé aujourd’hui qu’il y a 20 ans, se réjouissent les deux coprésidents. La population a cessé de tourner le dos au fleuve. De nouveau, on s’y rend pour pêcher (mais pas encore le bar rayé), s’amuser, se détendre et bientôt, un peu partout, on s’y baignera… une activité symbolique qui montrera que la population a vraiment retrouvé l’usage de son cours d’eau géant.


Date de modification : 2008/09/30 – Avis importants